Coulrophobie - Peur des clowns
Sommaire
La coulrophobie est la peur intense et irrationnelle des clowns. Le terme vient probablement du grec « kolobathristes », qui désignait les acrobates marchant sur des échasses, et « phobos », la peur. C’est une phobie qui touche un nombre significatif d’enfants mais aussi d’adultes, et dont les manifestations culturelles, notamment dans les films d’horreur, ont largement contribué à en répandre la représentation anxiogène.
Je m’appelle Émeline Lefèvre, je suis anthropologue spécialisée dans les peurs collectives et les représentations culturelles du masque et du déguisement. La coulrophobie est l’une des phobies qui m’a le plus appris sur la façon dont les cultures construisent et alimentent les peurs. Le clown est un personnage profondément ambivalent : censé faire rire, mais quelque chose dans sa physionomie déclenche chez beaucoup une réaction de malaise ou de terreur.
Ce qu’est la coulrophobie
La coulrophobie est une phobie spécifique au sens du DSM-5 (catégorie « autres types »). Elle se caractérise par une peur disproportionnée et persistante des clowns, dépassant le simple malaise que certaines personnes ressentent.
La peur peut se déclencher face à des clowns réels (cirque, fêtes), face à des images ou des films représentant des clowns, ou face à la seule idée d’un clown.
Point important : ce n’est pas uniquement le « mauvais clown » des films d’horreur qui fait peur. Même des clowns bienveillants peuvent déclencher une réaction phobique intense. C’est le clown lui-même, avec son maquillage figé et son ambiguité, qui est en cause.
Symptômes ressentis
Sur le plan physique : palpitations, transpiration, tremblements, nausées, fuite réflexe. Chez les jeunes enfants, pleurs intenses et accrochage au parent.
Sur le plan psychologique : anxiété anticipatoire intense avant tout événement où des clowns pourraient être présents, cauchemars impliquant des clowns dans les formes sévères.
Sur le plan comportemental : évitement de cirques, fêtes d’anniversaire, certains films. Dans les cas sévères, difficultés face aux affiches représentant des clowns.
Causes et origines
La théorie de l”« uncanny valley » (vallée de l’étrange), développée par le roboticien Masahiro Mori, est souvent invoquée. Un être qui ressemble à un humain sans en être un parfaitement déclenche une réaction de malaise intense. Le clown avec son maquillage exagéré crée exactement cet effet d’étrangeté.
L’incapacité à lire les vraies émotions derrière le maquillage fixe joue aussi un rôle. Les expressions faciales sont cruciales pour la communication émotionnelle. Quand le maquillage les masque, le cerveau perd ses repères.
Des expériences directes traumatisantes et l’influence culturelle (Pennywise dans « Ça », le Joker) contribuent également.
Regard anthropologique
Le clown est présent dans de nombreuses cultures sous des formes diverses. Les « clowns sacrés » amérindiens (Heyoka chez les Lakota, clowns des Kachinas chez les Hopis) jouaient un rôle rituel de transgression délibérée des normes sociales, à la fois comiques et sacrés, déclenchant à la fois le rire et la crainte.
Ce que le clown a en commun dans toutes ces cultures, c’est l’ambiguité. Il est à la fois dedans et dehors, humain et non-humain, drôle et inquiétant. Cette ambiguité fondamentale est peut-être la clé anthropologique de la peur qu’il suscite.
Impact sur la vie quotidienne
L’impact est généralement plus limité que certaines autres phobies car les clowns ne font pas partie du décor ordinaire. Mais lors de fêtes foraines, cirques, anniversaires ou Halloween, la phobie peut créer de vraies difficultés. Des parents souffrant de coulrophobie peuvent ne pas pouvoir accompagner leurs enfants à ces événements.
Faits et chiffres
Une étude publiée en 2016 dans BMJ Paediatrics Open a interrogé 250 enfants hospitalisés : aucun n’aimait les images de clowns comme décoration dans les unités pédiatriques. En France en 2016, une série d’incidents liés à des personnes déguisées en clowns effrayants avait créé un mouvement de panique dans plusieurs villes.
Traitements et approches
La TCC avec exposition progressive est le traitement de référence. L’exposition commence par des images de clowns bienveillants, puis des vidéos, puis des situations réelles. Chez les enfants, une approche ludique est essentielle. La désensibilisation systématique de Wolpe est aussi adaptée.
Phobies proches et liées
La maskaphobie (peur des masques) partage avec la coulrophobie l’anxiété face au visage humain masqué. La pédiophobie (peur des poupées) est liée par le mécanisme commun de l’uncanny valley.
Questions fréquentes
La coulrophobie est-elle fréquente chez les enfants ?
Oui, c’est l’une des phobies les plus fréquentes chez les jeunes enfants. Elle diminue souvent naturellement avec l’âge mais peut persister à l’âge adulte.
Les films d’horreur avec des clowns peuvent-ils déclencher une coulrophobie ?
Ils peuvent contribuer à en amplifier une préexistante ou à en créer une chez des personnes déjà sensibles.
Conclusion
La coulrophobie illustre la façon dont un personnage censé apporter joie et légèreté peut devenir source de terreur. Le clown, figure universelle de la transgression et de l’ambiguité, continuera sans doute à fasciner et terrifier à parts égales.
Émeline Lefèvre, anthropologue, spécialiste des peurs collectives
Sources et références
- American Psychiatric Association. (2013). DSM-5 : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e éd.). Elsevier Masson.
- Mori, M. (1970). The uncanny valley. Energy, 7(4), 33-35.
- Tyson, A., et al. (2016). Clown images in children’s wards. BMJ Paediatrics Open, 0(1), e000006.