L’amaxophobie est la peur intense et irrationnelle de conduire un véhicule ou d’être transporté dans un véhicule. Le terme vient du grec « amaxa », qui désignait le chariot tiré par des chevaux, et « phobos », la peur. Dans nos sociétés modernes où la voiture est omniprésente, cette phobie peut avoir un impact majeur sur l’autonomie et la qualité de vie.

Je m’appelle Émeline Lefèvre, je suis anthropologue spécialisée dans les peurs collectives et les représentations culturelles du risque et de la technologie. L’amaxophobie révèle notre relation ambivalente à la voiture : objet de liberté et de danger à la fois. La route est objectivement l’un des espaces les plus dangereux du quotidien, mais l’amaxophobie dérègle complètement l’évaluation du risque.

Ce qu’est l’amaxophobie

L’amaxophobie est classée comme phobie spécifique dans le DSM-5 (phobies situationnelles). Elle peut prendre des formes variées : peur de conduire soi-même, peur d’être passager, peur des autoroutes, peur des tunnels, peur de conduire la nuit.

Il ne faut pas confondre l’amaxophobie avec une prudence raisonnable au volant ou un manque de confiance après une longue interruption de conduite. L’amaxophobie est disproportionnée et persistante.

Symptômes ressentis

Les symptômes peuvent apparaître avant même de monter dans le véhicule. Sur le plan physique : palpitations, mains moites, tremblements, nausées, hyperventilation. Sur le plan psychologique : pensées catastrophiques sur les accidents, images mentales intrusives de collisions, vigilance extrême face aux autres véhicules. Sur le plan comportemental : évitement de certaines voies, limitation des trajets, arrêts fréquents, dans les cas sévères arrêt total de la conduite.

Causes et origines

Un accident de voiture est la cause la plus fréquente. Même sans blessure grave, l’accident peut imprimer une association anxieuse durable. Le trouble de stress post-traumatique peut accompagner l’amaxophobie. Une quasi-collision ou une forte frayeur sur la route suffisent parfois. Des facteurs de personnalité (perfectionnisme, faible tolérance au risque, besoin de contrôle) contribuent également.

Regard anthropologique

La voiture est l’un des objets les plus ambivalents de la modernité : symbole de liberté individuelle d’un côté, source de danger objectif de l’autre. La dépendance à un objet potentiellement meurtrier que nous manions à des vitesses auxquelles notre corps n’est pas adapté, dans des espaces partagés avec des inconnus, crée un terrain fertile pour l’anxiété.

Dans les pays où les alternatives à la voiture sont développées, l’amaxophobie est moins invalidante car ses conséquences sur l’autonomie sont moindres.

Impact sur la vie quotidienne

Dans les zones rurales peu desservies par les transports en commun, ne pas pouvoir conduire peut signifier une dépendance totale aux autres. Sur le plan professionnel, certains postes nécessitent le permis de conduire. Sur le plan familial, elle peut empêcher d’emmener les enfants à leurs activités ou de rendre visite à des proches.

Faits et chiffres

Entre 6 et 10% des conducteurs présenteraient une forme d’anxiété significative liée à la conduite. En France, environ 3 500 personnes meurent sur les routes chaque année (données Sécurité Routière 2022). L’essor des véhicules autonomes pose des questions anthropologiques fascinantes sur l’évolution de cette relation anxieuse.

Traitements et approches

La TCC est le traitement de référence. Des programmes spécialisés de remise en confiance au volant existent via les auto-écoles. La thérapie EMDR est particulièrement indiquée quand l’amaxophobie est consécutive à un accident de voiture.

Phobies proches et liées

L’aérophobie (peur de l’avion) partage la peur du risque dans un moyen de transport. La hodophobie est la peur des voyages en général. Le trouble de stress post-traumatique est fréquemment associé à l’amaxophobie post-accidentelle.

Questions fréquentes

L’amaxophobie peut-elle se développer même sans accident ?
Oui. Une attaque de panique au volant ou une quasi-collision peuvent déclencher l’amaxophobie sans accident réel.

Peut-on reprendre la conduite après l’amaxophobie ?
Oui, avec un accompagnement adapté : psychologue et moniteur d’auto-école expérimenté.

Conclusion

L’amaxophobie illustre la complexité de notre rapport à l’un des objets les plus présents dans nos vies. Elle parle de nos angoisses autour du contrôle, du risque et de la dépendance technologique. Les solutions existent.

Émeline Lefèvre, anthropologue, spécialiste des peurs collectives

Sources et références

  • American Psychiatric Association. (2013). DSM-5 : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e éd.). Elsevier Masson.
  • Taylor, J. E., & Deane, F. P. (2000). Acquisition of driving fears. Behaviour Research and Therapy, 38(11), 1155-1162.
  • Sécurité Routière France. (2022). Bilan de l’accidentalité. Disponible sur securite-routiere.gouv.fr.
  • Shapiro, F. (2001). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (2nd ed.). Guilford Press.